-Entrevue avec le Dr. Jean-Patrick Chauvin, conduite par Manu-Eva Schalk pour Healthya-

Nous avons eu le privilège de rencontrer le docteur Jean-Patrick Chauvin, passionné par la médecine intégrative, il prône une approche de la médecine plus humaine et sensée.

Un merci tout particulier à notre partenaire média Emmanuelle Soni-Dessaigne, de l’Amour Médecin, qui a crée la connexion.

Aujourd’hui, il nous parle de sa vision et de son projet, l’Académie de Médecine de l’Homme. Avis aux intéressé-es, le projet est ouvert à travers toute la francophonie!

Pour en savoir plus: https://acamedho.org/

Image for post

Pouvez-vous nous resituer votre parcours?

Tout a commencé, dans les tout premiers temps de mon exercice de la médecine. J’étais alors un tout jeune généraliste installé en campagne depuis presqu’un an, et déjà j’étais habité d’une profonde insatisfaction. La médecine que l’on m’avait appris à la Faculté, si elle était performante face à la maladie, ne répondait pas au besoin de donner sens à ce qui advenait dans le fait d’être malade.

Et à cette époque, j’ai cherché des solutions à ma « souffrance de médecin » face à cette appel d’une prise en compte de « l’être malade »de chacun qui venait frapper à ma porte. Trois actes se sont imposés à moi : j’allais me former à l’homéopathie qui offrait une prise en compte de l’être malade plus globale et non pas dans approche découpée (fonction par fonction) ce n’était pas le foie malade qui comptait mais l’homme malade du foie.

Et puis j’allais créer un groupe Balint car j’avais besoin d’améliorer ma « relation thérapeutique » et mieux la maîtriser.

Enfin j’ai créé une association de formation continue tant il me semblait nécessaire de remettre mes connaissances médicales à jour régulièrement.

Très vite, je me suis engagé dans une psychanalyse jungienne, tant je ressentais le besoin d’explorer l’intériorité humaine, et la mienne en particulier.

Et c’est dans cette même période que je rencontre une Voie de recherche intérieure dans laquelle je vais mener un chemin et qui va me permettre d’explorer de façon plus « pointue » ma Vie Intérieure tout en ayant des moyens d’entrer en contact avec un certain ordre des choses vu de l’intérieur.

C’est ainsi que je vais fonder puis développer ce qui a été pendant une vingtaine d’années , Médecine des Actes ; une médecine à dimension humaine qui intégrait aussi bien la dimension visible de l’Homme que sa dimension intérieure « invisible ». C’est une médecine qui, outre les soins que propose toute médecine, va apporter à chacun la possibilité de tirer un enseignement de ses maladies jusqu’à une mise en pratique d’actes concrets de gestion responsable, consciente et durable de sa santé humaine ; j’entends santé humaine une acception de la santé englobant toutes les dimensions de l’être humain (corps, âme et esprit).

Parallèlement à cela j’allais faire l’expérience de la maladie.

Cette « rénovation » cardiaque allait de pair avec un renouveau plus profond de tout mon être, et en particulier de mon être soignant. Ceci à deux reprises.

Et la seconde intervention du cœur allait être en synchronicité avec la rénovation de cette Médecine que j’avais fondée vingt ans plus tôt. Ainsi est arrivé ce qui va être l’Académie de Médecine de l’Homme.

Image for post

Pouvez-vous nous en dire plus au sujet de l’Académie? Quelle est sa mission, les valeurs qu’elle véhicule. Enfin, sur quelles actions travaillez-vous en ce moment?

L’Académie de Médecine de l’Homme est une assemblée de personnes partageant une même vision de la Nature Humaine et du Vivant et de ses répercussions sur la santé, le soin et le prendre soin.

Les valeurs qu’elle véhicule sont :

  • Une éthique fondamentale pour les soignants, mener une démarche de déploiement de la Connaissance de soi et de l’ordre du Vivant, base nécessaire pour accompagner les patients dans un chemin individuel qui donne sens à leurs maux et leur permet de conduire leur santé de manière responsable et consciente. En fait il s’agit d’une cohérence profonde, pour prendre soin des autres apprendre à prendre soin de soi, et d’encourager la « bonne santé » aussi bien physique que psychique du soignant, mais aussi redonner sens à son service.
  • Une entraide « fraternelle », il s’agit ici de restaurer des valeurs qui sont celles du compagnonnage, les plus anciens accompagnent les plus jeunes sur leur Chemin de Connaissance et les membres s’entraident dans un souci de meilleur service à leurs patients (que ce soit sur le plan de la relation ou de la recherche de sens).
  • L’ouverture à toute médecine, à condition d’en connaître l’esprit et les bases qui les fondent. Et bien-sûr un respect des valeur de la médecine moderne. Ceci dans une nécessité de tolérance et d’intégration des autres pensées médicales.
  • Enfin un souci constant de la progression en Connaissance et en compassion de l’être soignant.

Les actions concrètes d’aujourd’hui :

  • Refonder cette vision de l’Homme et de la «Médecine » qui en découle, ce qui implique de se servir de son propre exercice professionnel et de son expérience individuelle pour étayer et faire évoluer cette connaissance.
  • Faire progresser le projet des « Maisons de Guérison » qui seront des centres de soin intégrant l’apport des différentes médecin, mais surtout organisées autour d’une vision « intégrative » de l’être humain. C’est-à-dire intégrant le corps l’âme et l’esprit, mais aussi sa dimension « éco-systémique et évolutive. S’il y a un collège de soignants comme nous l’avons vu plus haut, il y a une application concrète de cette conception de la Médecine : ce sont ces maisons.
  • Et un nouveau livre est en cours d’écriture, j’espère que je l’aurais terminé à l’automne 2021…

Est-ce-que l’Académie est active? Combien de membres y sont présents? À quel public s’adresse-t-elle?

Oui l’Académie est active, l’assemblée générale fondatrice vient d’avoir lieu. Et nous sommes un peu plus d’une vingtaine de membres, mais d’autres frappent à la porte.

Cette Académie s’adresse aux soignants dans un souci de pluridisciplinarité et d’intégration des autres médecines. Mais elle s’adresse aussi aux patients désireux d’être accompagnés pour accéder au sens de leurs maux et en tirer un enseignement pour leur vie, mais aussi à ceux qui veulent instaurer dans leur existence une hygiène juste et consciente.

Image for post

Vous nous avez parlé du projet de la clinique en devenir. Elle sera donc orientée vers la médecine intégrative?

En fait, il ne s’agit pas d’une clinique, mais d’une maison de guérison. Ce que j’entends par guérison, ce n’est pas que la disparition des symptômes de la maladie, mais c’est en sus de cela, une triple réconciliation :

  • Avec le corps, quand à l’occasion de la maladie on apprend un prendre soin de son corps conscient et dans une juste hygiène.
  • Avec sa propre histoire (sa vie psycho-affective) pour établir un état de « paix de l’âme »
  • Avec son esprit quand il s’agit de mener son existence depuis une Connaissance de soi déployée et donnant sens à sa Vie.

Le but de ces maisons est d’accompagner les patients dans ce chemin de guérison, en intégrant toutes les dimensions de l’être humain et de ce fait l’accompagnement dans une démarche de connaissance de soi et de la nature humaine. Mais bien-sûr en intégrant aussi les apports d’autres médecines aux côtés de la médecine moderne selon les circonstances et les choix éclairés des patients. Ce qui va demander une dimension pédagogique, qui sera aussi un point important de ces maisons, pour donner à chacun les moyens d’une gestion responsable, consciente et durable de sa santé.

En tant que médecin, qu’est ce qui vous a amené à la médecine intégrative?

A l’époque où j’ai commencé à ouvrir la porte à une autre médecine (c’était l’homéopathie) on ne parlait pas de médecine intégrative.

Ce terme est apparu bien plus tard. Ce qui m’a conduit, c’est le besoin de prendre en compte l’être humain dans une plus grande globalité. Je crois que c’est ce qui pressentait le plus ce qui allait devenir — pour moi — une médecine intégrant la dimension physique, les états d’âme, les influences environnementales et climatiques.

Mais il a fallu aussi intégrer la vie intérieure de l’homme.

En fait cette Médecine de l’Homme qui advient aujourd’hui est l’aboutissement d’une recherche menée pendant des années. Et à mes yeux cette médecine est « super-intégrative » puisse qu’elle intègre la globalité de l’être humain ainsi que ses rapports éco-systémiques et ses apports historiques ; nous sommes aussi une étape de l’évolution de la vie, héritiers des étapes précédentes et porteurs de la suite. Ce qui sous-entend que la « bonne santé humaine » n’est pas qu’une histoire d’équilibre homéostasique, mais aussi un enjeu de déploiement individuel au service de la suite de la vie sur Terre. Et quand on regarde l’état de l’humanité et de la planète, on ne peut pas dire que l’Homme soit en bonne santé, et que ce « Chemin de Guérison » individuel concerne aussi l’Homme dans son ensemble.

Pourquoi pensez-vous que c’est le futur de la médecine?

Sans doute, mais il ne faudra pas se contenter d’intégrer des techniques médicales, mais plutôt entrer en connaissance avec ce qui anime ces médecines pour en saisir l’essence et savoir les utiliser à leur juste place.

Il faudra bien au-delà de cette première approche aller beaucoup plus loin. Il faudra changer de « paradigme médical » et ne pas se contenter de saupoudrer la médecine moderne d’autres approches. Il me paraît indispensable de repenser l’Homme dans son essence même. Aujourd’hui on nous dit que nos appartenons au règne animal, c’est radicalement faux, nous sommes des représentants non encore abouti du règne hominal. Et peut-être bien que la maladie collective de l’Homme nous demande de nous interroger sur le sens même de notre rôle dans la suite de la Vie sur Terre.

Vous nous parliez des richesses des médecines ancestrales, aujourd’hui plus que jamais, pensez-vous que cela soit possible de les allier avec les technologies/ le rythme du monde moderne?

Non, je crois qu’il est temps d’aller puiser à ces sources pour s’interroger sur la fondation d’une médecine qui contienne cette dimension de sagesse. Ces médecines ancestrales étaient issues d’une philosophie, d’une vision spirituelle, dans une spiritualité « naturelle » de ces temps anciens.

En fait, il est plus que temps de restaurer une quête de sagesse et en particulier dans les études de médecine.

Aujourd’hui, sans doute avons-nous a retrouver une spiritualité « consciente et conquise » pour entrer dans une nouvelle cosmogonie hominale et par voie de conséquence fonder une médecine dans une filiation spirituelle avec les médecines ancestrales, mais dans la modernité. Mais nous avons aussi à interroger les traditions spirituelles occidentales (tel le christianisme) pour aller à la rencontre d’une Connaissance de l’Homme et du Vivant.

Vous avez également évoqué le fait que les praticiens doivent commencer par faire un travail sur eux-mêmes, pour aller vers une démarche plus humaine de la médecine. Quel est votre avis sur le système et le politique qui peuvent influencer et peser sur le corps médical et thérapeutique?

De mon point de vue, et depuis mon expérience, les soignants ont tout à gagner d’une démarche de Connaissance Intérieure que ce soit la connaissance de soi par l’introspection ou la connaissance de l’Homme et du vivant par la contemplation.

Ils ont à y gagner d’un point de vue d’une pertinence du soin et du prendre soin car ils seront dotés d’une capacité de perception de la part intérieure des patients pour mieux les accompagner dans ce que j’ai nommé un chemin de guérison qui conduit le patient à une maîtrise de sa propre santé, ce qui aura des incidences en matière de santé publique.

Et ils ont aussi à y gagner une terme de « bien-être » individuel, car ayant des outils pertinents pour prendre soin d’eux-mêmes. Aujourd’hui on assiste à une grande souffrance du monde des soignants (30% sont en burn out, en dépression, consomment des anxiolytiques et des antidépresseurs, sans parler de l’alcool et autre substances). Face à ce mal-être profond des soignants, il n’y a — à mon sens — pas de solution extérieure, mais seulement une démarche intérieure qui redonne sens et humanité à son art du soin. C’est pour cela que je réhabilite le terme d’ « Homme –Médecine » ; car ces êtres en leur temps étaient des êtres de connaissance et de chemin intérieur.

Il est temps que la Médecine retrouve une âme sans renier les apports de la science et en admettant enfin que nous ignorons encore beaucoup de choses de l’Homme tel qu’on l’enseigne dans les facultés.

Ceci étant posé, je ne crois pas que cela passera par le système et le politique, je crois plutôt qu’il faudra une alliance de « bonnes volontés » pour insuffler cela dans la pensée même des soignants. Et je crois que c’est cette alliance de soignants et de citoyens qui devra avoir une action « politique » (c’est-à-dire dans la cité) et non pas politicienne pour faire bouger les lignes. Et à mon sens il est déjà l’heure de fédérer ces forces tant la crise sanitaire que nous vivons souligne la faillite d’un système fondé sur le « scientifique », mais même là je crois qu’il faut commencer à retrouver l’esprit scientifique… et rappelons-nous Rabelais qui disait : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »…on est en plein dedans…

Durant votre parcours, avez-vous déjà rencontré des tensions avec d’autres médecins suites à vos idées et positionnement professionnel?

Oui, surtout au début, mais il faut dire que j’ai tout fait pour que cela arrive. Tellement j’étais habité d’un « ressentiment » profond face à la médecine moderne, et que je ne manquais pas de critiquer acerbement cette médecine et mes confrères qui l’exerçait. Je crois que cela n’était du qu’à un manque de contact avec ma propre intériorité qui sentait bien que la médecine que j’avais appris à la faculté ne répondait pas à tout, mais que je ne savais pas encore que les réponses allaient se trouver dans un chemin de Connaissance Intérieure.

C’est d’ailleurs grâce à ce chemin que mon être s’est pacifié et que j’ai fini par être accepté et écouté. Pour la petite histoire, j’ai même été élu au conseil de l’ordre de ma ville d’exercice, il y a plusieurs années.

Mais au-delà de ces anecdotes, je crois qu’il est toujours complexe de faire entendre un autre point de vue que ce soit en médecine ou dans d’autres domaines, cela demande une remise en question fondamentale de valeurs auxquelles on a accordé du crédit et surtout une remise en question profonde de soi-même.

Mais peut-être que la crise du monde moderne que nous abordons seulement, fera naître un sursaut d’humanité salvateur, que ce soit dans la Médecine des individus, mais aussi de la collectivité humaine. Pour cela il faudra admettre que l’homme, où il en est de son évolution tournée que vers la conquête du monde extérieur, est devenu pathogène. Et que la suite de l’évolution passera par une conquête du monde intérieur, pour que l’Homme retrouve son âme, et trouve l’esprit qui lui manque pour vraiment prendre soin de lui-même, des autres et de la planète.

Image for post

Un grand merci à Jean-patrick Chauvin pour cette entrevue qui inaugure une série de portrait de médecins du monde, inspirés et inspirants!

Related Posts

Leave a Reply

fr_FRFrench