Projet hospitalier Médecine intégrative et thérapies complémentaires à l’Hôpital Européen de Marseille

Julie Gigout

Comment en suis-je venue à m’engager pour une médecine intégrative ?

1Installée en cabinet libéral depuis 2010, j’ai été rapidement frustrée du manque de temps et de moyens nécessaires à l’éducation des patients concernant leur hygiène de vie tellement souvent à l’origine de leur maladie chronique : constipation, dyspepsie, RGO, intestin irritable, obésité, NASH… Les patients n’exigeaient que trop souvent des pilules miracles et des explorations pour les rassurer. Je me sentais incomplète dans ma prise en charge et en colère de participer à cette inflation des dépenses. Sans parler de la iatrogénie de nos thérapeutiques quand bien même la balance bénéfice-risque reste la pierre angulaire de notre pratique : Primum non nocere. Très investie dans mon travail, j’avais également du mal à poser les limites de ma vie professionnelle, ce dont souffrait ma vie personnelle et familiale.

2Parallèlement, ma sœur travaillait dans le journalisme et la communication pour l’administration et avait également des responsabilités qu’elle prenait très à cœur. Nos parcours professionnels ont de fait suivi de curieuses similitudes : surmenées et perdant le sens de notre mission, nos santés respectives étaient affectées (mauvaises habitudes alimentaires, manque de sport, stress, sommeil perturbé, irritabilité, fatigue chronique, etc.). De son côté, par un réflexe de survie elle s’est progressivement reconvertie vers la naturopathie, ce qui lui a permis de s’éloigner d’un travail toxique et de retrouver du sens. De prime abord, bien loin de ma façon de penser cartésienne, scientifique, formatée par la faculté de médecine, je n’ai éprouvé que peu d’attrait pour cette autre façon d’appréhender la santé, voire un certain dédain. Son nouveau domaine de prédilection nous a tout de même permis d’échanger régulièrement sur le sujet et l’hygiène de vie en général.

3En réalité, la graine était semée car en décembre 2015, j’ai assisté lors des forums du CREGG à la session Médecine intégrative portée par Fernand Vicari.

4Cet après-midi a pour moi été le déclic. Certains de mes pairs légitimaient cette ouverture d’esprit ! Les différents témoignages de médecins et la définition même de la santé intégrative m’ont immédiatement inspirée.

Premières réflexions et projet de Maison de Santé intégrative à Marseille

5Dès mon retour du congrès, ma sœur naturopathe Charlotte Guillot, notre amie psychologue et psychothérapeute intégrative Isabelle Venturini-Plesnar et moi-même nous sommes mises à imaginer les contours d’une Maison de Santé

6Intégrative. Un lieu où une vision globale et humaine du soin permettrait de retrouver la justesse de mon métier. Nous avons alors sillonné la France pour rencontrer les acteurs de cette nouvelle approche et élaboré une charte d’engagement des praticiens, inspirée de la définition de la médecine intégrative des docteurs Luce Pelissier-Simiard et Marianne Xhignesse (cf. document annexe n°1).

7Dans le même temps, nous avons constitué une équipe de réflexion intégrant des praticiens – ostéopathes, sophrologues, naturopathes, psychothérapeute intégrative, psychologue EMDR, art-thérapeute – engagés dans cette démarche, ouverts à la pluralité des approches et se faisant mutuellement confiance. Il s’agissait de réfléchir à la façon de travailler en coresponsabilité, au service de la santé des patients.

Réorientation du projet

8À ce jour, le projet de Maison de Santé souffre encore de diverses limites – économiques, financières, juridiques et réglementaires – qu’il nous faut analyser afin de les dépasser avec rigueur et prudence. Le but étant de constituer un lieu pérenne respectant nos valeurs et engagements. Face à ces difficultés, je réoriente actuellement mes efforts sur un projet plus accessible dans sa réalisation, eu égard aux ressources vives et structurelles déjà disponibles : le développement de la santé intégrative au sein de l’hôpital où j’exerce. Cette ambition m’a conduit à rédiger un plaidoyer en faveur de la création d’un Centre de santé intégrative à l’Hôpital Européen – Marseille(cf. document annexe n°2 adressé cette année aux acteurs de l’établissement).

Introduction de la médecine intégrative et des thérapies complémentaires au sein de l’hôpital

9J’ai discuté de cette nouvelle conception du soin autour de moi avec la direction et les soignants et me suis vite aperçue d’une résonance forte, d’une dynamique commune. Déjà, médecins, infirmières, psychologues, diététiciennes y étaient ouverts, travaillant en ce sens et en réseau. Ils étaient désireux d’accéder à des formations en thérapie complémentaire, de converger sur cette voie au sein même de l’hôpital, ce dont ils ont également fait part à la direction de l’établissement.

10Les freins attendus se sont rapidement mis en place : méconnaissance, scepticisme de certains médecins, méfiance sur l’efficacité et l’innocuité de certaines pratiques, expérience malheureuse des hôpitaux Ambroise Paré et Paul Desbief – taxés en 2011 par la presse de promouvoir le sectarisme suite à l’organisation d’une journée d’information « médecines douces ». Tout ceci évoluant actuellement dans un climat médiatique particulièrement délétère.

11Cependant, la direction est consciente de l’intérêt grandissant pour les thérapies complémentaires et reconnaît le bien-fondé de l’approche intégrative en santé. À l’écoute de chacune des parties prenantes et des diverses sensibilités, elle a donc initié le mouvement en créant un comité de pilotage du projet « médecine intégrative » – une sorte de comité d’encadrement de la médecine intégrative et des thérapies complémentaires que je proposerai d’appeler CEMIC. Celui-ci a pour mission de garantir la qualité et la sécurité des prestations proposées à nos patients dans une démarche intégrée à la politique de soin de l’hôpital mais également de promouvoir le développement de la médecine intégrative. La condition sine qua non restant la validation de chaque pratique par un comité scientifique et l’encadrement de celle-ci par un protocole strict au sein de l’établissement.

12La première réunion a eu lieu le 18 juin 2018, associant les membres de la direction – Directeur général, Directrice qualité, juriste, communication, Directeur des soins infirmiers – le Président de la commission médicale d’établissement, le Président du comité scientifique, ainsi que des soignants médecins et paramédicaux déjà investis ou au contraire complètement novices.

13Après une présentation de la médecine intégrative – notion alors inconnue de la plupart des participants -il est décidé de travailler plutôt sur des protocoles de parcours de soins complémentaires, par pathologie, en transversalité dans l’hôpital, plutôt qu’un véritable centre de santé.

Méthode de travail décidée

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  • ▸ documentation des techniques en se référant à des centres reconnus hospitaliers et/ou hospitalouniversitaires déjà engagés ;
  • ▸ ciblage des pathologies concernées ;
  • ▸ constitution d’une base documentaire propre à l’hôpital pour chaque technique de soins proposée ;
  • ▸ évaluation des besoins humains et de formation avec identification des intervenants ;
  • ▸ définition des modalités d’accès des patients aux soins complémentaires ;
  • ▸ écriture de chaque procédure ;
  • ▸ mise en place ;
  • ▸ communication adaptée ;
  • ▸ évaluation des résultats obtenus.

Premières actions mises en place

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  • ▸ Diffusion d’un questionnaire à l’ensemble du personnel et des médecins de l’hôpital visant à recenser les pratiques et qualifications existantes ou à venir ;
  • ▸ Benchmarking des pratiques éprouvées dans d’autres structures hospitalières reconnues ;
  • ▸ Accord pour la mise en place de séances de Shiatsu à destination uniquement du personnel et des médecins ;
  • ▸ Constitution d’un groupe de travail pour l’intégration de l’aromathérapie dans les soins de support en cancérologie digestive.

16Concernant l’aromathérapie, un groupe de personnels hospitaliers, médecins et pharmacienne a par ailleurs reçu la formation d’un pharmacien agréé. Le but étant de proposer des synergies d’huiles essentielles en stick inhalateur qu’il sera ensuite possible de proposer en toucher-détente – pratique déjà utilisée par notre équipe mobile anti-douleur et de soins palliatifs. Un protocole de dispensation du stick est en cours de finalisation, incluant la validation de la prescription par les médecins de l’équipe. Parallèlement, la pharmacienne référente recherche les interactions médicamenteuses éventuellement établies avec les molécules de chimiothérapie et autres traitements utilisés en soins de support.

Conclusion

17Beaucoup reste encore à faire mais les énergies sont bel et bien présentes pour avancer vers une santé intégrative. Aujourd’hui les défis à relever restent la réalisation de nos expériences propres, la recherche de nouvelles méthodes d’évaluation pour faire avancer la recherche et l’ouverture du monde médical à un nouveau paradigme. Nous ne sommes qu’aux prémices de l’aventure, d’une histoire que j’espère grande et belle, au service de la santé que nous souhaitons pour demain.

Annexe 1

Charte d’engagement des Praticiens de la Maison de Santé Intégrative

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  1. Intégrer les meilleurs soins de la médecine occidentale et ceux des thérapies complémentaires ;
  2. Mettre l’accent sur la qualité de la relation thérapeutique (compassion, bienveillance, respect des engagements, confidentialité) ;
  3. Travailler en collaboration non seulement avec le patient mais aussi avec une équipe pluri-professionnelle pour améliorer la prestation des soins ;
  4. Agir en tant qu’éducateur pour le patient et pas simplement en tant que prescripteur ;
  5. Privilégier la prévention et le maintien de la santé en s’intéressant aux différentes facettes du mode de vie : alimentation, activité physique, gestion du stress et bien-être émotionnel ;
  6. Considérer le patient comme un être unique et entier dans ses dimensions biologiques, corporelles, psychologiques, sociales et communautaires ;
  7. S’appuyer sur la culture du patient et de ses croyances pour favoriser la guérison ;
  8. Permettre au patient d’être un acteur important dans la gestion de sa santé et des soins qu’il reçoit ;
  9. S’attarder à la recherche et à la compréhension des processus de santé et de guérison ainsi qu’au moyen de les faciliter ;
  10. Rechercher et agir sur les barrières qui peuvent bloquer la réponse innée de guérison du corps ;
  11. Accepter que la santé et la guérison soient propres à chacun et puissent différer chez deux personnes atteintes de la même maladie ;
  12. Se préoccuper du soulagement et du soutien autant que de la guérison ;
  13. Privilégier, en fonction de l’avis médical, les techniques simples et naturelles, en complémentarité si besoin de celles plus coûteuses et interventionnistes ;
  14. S’engager à proposer des méthodes efficientes personnalisées au regard de la balance bénéfice – risque ;
  15. Encourager les soignants à explorer leur propre croyance et équilibre de santé ce qui leur permettra de mieux intervenir en ce sens auprès de leurs patients ;
  16. S’engager à être dans une démarche d’évaluation scientifique de nos pratiques et de les diffuser.
Annexe 2

De la nécessité d’un Centre de santé intégrative à l’Hôpital Européen de Marseille

Le constat : l’essoufflement du système de santé

19Notre médecine occidentale s’est imposée au cours des deux derniers siècles comme la médecine de référence dans le monde. Scientifique, de pointe, de plus en plus spécialisée, elle a accompli des progrès immenses qui lui ont permis de guérir des maladies aigües et graves autrefois incurables et d’augmenter considérablement l’espérance de vie.

20Aujourd’hui, elle doit faire face au nouveau défi que constitue les maladies chroniques et que l’ONU qualifiait déjà en 2011 de « mondial » et « d’ampleur épidémique »[1][1]Déclaration politique de la Réunion de haut niveau de…. L’OMS évoque pour sa part cette situation comme « une catastrophe imminente (…) pour la santé, la société et les économies nationales »[2][2]Dr Margaret Chan, Directeur général de l’OMS, Moscou 27 avril…. La littérature scientifique mondiale, comme le Global Burden of Disease publié par le Lancet, alimente régulièrement cette réflexion. Cette situation se traduit non seulement en termes de mortalité mais aussi de morbidité. Les maladies non transmissibles sont devenues majoritaires et représenteraient aujourd’hui bien plus de la moitié des consultations médicales.

21La Stratégie Nationale de Santé élaborée en 2017 par le Haut Conseil de la Santé Publique [3][3]Stratégie Nationale de Santé élaborée en 2017 par le Haut… souligne pour sa part que « la France fait face à une évolution majeure qui transforme profondément les contraintes pesant sur son système de santé ». Un nombre croissant de personnes vivent aujourd’hui avec une ou plusieurs pathologies chroniques, parfois en situation de dépendance ou de handicap. La liste de ces pathologies est longue : cancers, maladies cardiovasculaires, diabète, maladies respiratoires chroniques, maladies ostéo-articulaires, obésité, maladies inflammatoires de l’intestin, maladies neurodégénératives, maladies psychiatriques,…

22Toutes ces pathologies, qui représentent une charge majeure pour la société et un défi en matière d’inégalités territoriales et sociales, ont leurs spécificités en termes de prise en charge. Mais elles ont en commun :

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  • ▸ d’être en rapide augmentation dans la population française par un double phénomène démographique (augmentation rapide de la population âgée) et épidémiologique (exposition à des facteurs de risque et meilleur diagnostic) ;
  • ▸ d’être accessibles à des mesures de prévention soit pour limiter leur apparition pour certaines d’entre elles, soit en limiter la gravité au diagnostic pour d’autres ou pour en contrôler les conséquences.

24Dans de telles circonstances, le modèle de soins, hyperspécialisé, élaboré en médecine aiguë, que notre système de santé a jusqu’alors privilégié devient inadapté : accumulation des actes, protocoles de plus en plus standardisés, médicaments « anti » ou bloqueurs de la physiologie qui ne vont pas dans le sens d’une guérison de ces maladies. Lesquelles nécessitent au contraire une approche individualisée, multidimensionnelle dans une prise en charge globale et non simplement symptomatique, avec la nécessité de remettre une dynamique de vie et d’hygiène de vie.

25Or, face à des plannings surchargés et des contraintes administratives de plus en plus lourdes, les consultations médicales sont de plus en plus courtes. En plus d’affecter la qualité de la relation médecinmalade, de telles conditions rendent très difficile la promotion des mesures de prévention et l’éducation à la santé pourtant aussi nécessaires qu’urgentes à développer.

26Dans ce contexte, beaucoup de patients ne trouvent pas dans notre système de soins toutes les réponses qu’ils attendent. Certains d’entre eux vont jusqu’à perdre confiance dans la médecine actuelle voire à s’en méfier. Ils se tournent alors vers ce qu’ils appellent des médecines alternatives avec tous les dangers que cela comporte en termes d’opacité et de risques pour leur santé, quand il ne s’agit pas d’une automédication « naturelle » encouragée par le développement d’internet. D’autres, de plus en plus nombreux, et sans se détourner de leurs médecins, consultent parallèlement des praticiens de thérapies complémentaires y trouvant une certaine satisfaction.

27Selon l’Ordre des médecins, 40 % des Français ont recours aux médecines non conventionnelles et de plus en plus d’établissements hospitaliers les intègrent à leur offre de soin [4][4]https://www.conseil-national.medecin.fr/sites/default/files/cn_w…. Un récent sondage mené par le site Medoucine [5][5]Regards croisés praticiens-grand public sur les médecines… souligne que : 65% des personnes interrogées déclarent avoir consulté un praticien de médecine douce au cours de 12 derniers mois et 69 % des plus de 25 ans pensent utiliser encore plus souvent ces médecines à l’avenir. Leur motivation principale est le souhait d’une prise en charge plus globale et surtout plus naturelle.

28Les Français n’hésitent donc pas à dépenser de leur argent dans ces approches bien qu’elles ne soient pas remboursées. Ce marché est donc porteur. Les mutuelles et les banques ne s’y trompent pas puisque de plus en plus d’entre elles proposent des contrats comportant une prise en charge forfaitaire de leurs consultations : MFIF, CCMO Mutuelle, MAIF, MGEN, MNT, Harmonie Mutuelle, CIC…

29De leur côté, les médecins ne sont pas ou insuffisamment formés et informés sur les diverses pratiques non conventionnelles et sur leur éventuelle efficience. L’absence d’encadrement par l’Etat leur rend la tâche plus opaque alors qu’il serait nécessaire qu’ils puissent travailler en collaboration avec certains de ces praticiens ou de ces pratiques au service de leurs patients. Cette méconnaissance les empêche également de bien orienter leurs patients vers telle ou telle approche de soin et malgré leur demande.

30Il semble nécessaire de faire évoluer notre modèle de soin, tout en conservant les vertus, en créant un espace de santé et des propositions adaptées aux différentes maladies chroniques et à leur prévention. Dans le cadre de sa contribution à la Stratégie Nationale de Santé 2017, le Haut Conseil de Santé Publique détaille quatre réorientations essentielles du système de santé dont :

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  • Le virage préventif :« Les établissements dits de santé sont en fait devenus des établissements de soins dont la quasi-totalité des ressources provient des soins et est consacrée aux soins. Ces établissements doivent retrouver leur rôle d’établissement de santé susceptible d’accompagner une politique de prévention soutenue et ambitieuse. »
  • Le virage qualitatif : « Ces actions (…) doivent notamment être fondées sur une meilleure prise en compte du risque thérapeutique et de la balance bénéfice/risque au niveau des soins individuels, de la lutte contre la connivence avec les industriels des produits de santé, et contre les liens d’intérêt (souvent encouragés par la tarification à l’activité), et sur la limitation des situations à risque connues des filières de soins surchargées et désorganisées. »
  • L’amélioration de la qualité de vie au travail (QVT) des personnels du système de santé : « …Valoriser les expériences positives d’organisation du travail (plateforme d’échanges de bonnes pratiques managériales, développement de l’autonomie, climat relationnel collégial, management participatif…) ; « Fabriquer des soins » dans de bonnes conditions de travail est aussi source de plaisir et de bien-être, vecteur de reconnaissance et de motivation, qui contribuent en retour à des soins efficaces, sûrs et de qualité. »

La proposition : la Médecine Intégrative

32Apparu dans les années 1990 aux États-Unis, le concept de Médecine Intégrative (MI) a surtout été exploré par les docteurs David Eisenberg et Andrew Weil.

33Née du constat de l’évolution des modes de vie – qu’il s’agisse de l’alimentation, de l’activité physique, de la gestion du stress ou du bien-être en général – la médecine intégrative est une nouvelle façon de concevoir les soins de santé.

34Il s’agit de combiner les meilleurs soins de la médecine scientifique occidentale* à ceux des approches complémentaires (Médecine traditionnelle MT et Médecines complémentaires MC)* dans le but de prévenir, maintenir la santé et d’améliorer le bien-être.

35Dans la stratégie de l’OMS pour la médecine traditionnelle pour 2014/2023, le Dr Margaret Chan, Directeur Général indique dans son avant-propos [6][6]Stratégie de l’OMS pour la médecine traditionnelle pour… : « La MT/MC constitue un pan important et souvent sous-estimé des soins de santé (…). Aujourd’hui, de nombreux pays reconnaissent la nécessité d’adopter une approche cohésive et intégrative des soins de santé, qui permette aux pouvoirs publics, aux professionnels et, surtout, aux personnes qui recourent aux services de santé, d’avoir accès à une MT/MC qui soit sûre, respectueuse, efficiente par rapport aux coûts et efficace. (…). Les pays sont de plus en plus nombreux à accepter progressivement la contribution que la MT/MC peut apporter à la santé et au bien-être des individus, ainsi qu’à la complétude de leur système de santé. Les pouvoirs publics et les consommateurs ne s’intéressent pas uniquement aux médicaments à base de plantes : ils commencent à se pencher sur certains aspects des pratiques de MT/MC et à s’intéresser à certains praticiens et se demander s’ils ne devraient pas être intégrés à l’offre de services de santé. »

36Centrée sur le patient et basée sur la relation thérapeutique dans un climat de confiance et de bienveillance mutuelles, la MI est une approche personnalisée qui analyse tous les facteurs qui peuvent influencer l’état de santé d’une personne (alimentation, activité physique, stress, sommeil, climat de travail, etc.) afin de permettre une adaptation du style de vie.

37Chacun des patients souffrant d’un même problème sera donc soigné d’une manière différente selon les traitements qui lui conviennent le mieux.

38Dans cet objectif, une équipe interdisciplinaire est mise en place autour du patient afin de lui apporter tous les soins nécessaires, qu’ils soient issus de la médecine occidentale ou complémentaire.

39Ainsi, les médecins :

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  • ▸ peuvent confier leurs patients à des professionnels de l’hygiène de vie : alimentation, techniques de gestion du stress et des émotions, activité physique adaptée ;
  • ▸ permettent à leurs patients de recouvrer un maximum d’autonomie vis à vis de leur santé ;
  • ▸ apportent une réponse concrète et des outils d’information et d’éducation sans lesquels une amélioration de leur état de santé à long terme est difficile ;
  • ▸ peuvent se concentrer sur leur cœur de métier à savoir le diagnostic et le traitement des pathologies tout en répondant au besoin global du patient ;
  • ▸ peuvent observer et faire évaluer leur démarche pour faire avancer la recherche sur ces thèmes d’actualité.

41En outre, ce concept incite en toute logique le personnel soignant à mieux cerner son propre équilibre de santé afin de mieux guider ses patients.

42Au Canada et aux États-Unis, plus de 35 universités se sont regroupées au sein du Consortium of academic health centers for integrative medicine, et notamment la Harvard Medical School, l’Université de Calgary et l’Université de Stanford. Toutes ces institutions se sont engagées à revoir leur programme d’enseignement de la médecine afin d’y intégrer les approches complémentaires dont les bienfaits ont été prouvés.

43Une dynamique s’organise à l’heure actuelle en France au sein d’hôpitaux, facultés de médecine (ex: CUMIC [7][7]Collège universitaire interdisciplinaire de médecine…, OMNC [8][8]Observatoire des Médecines Non Conventionnelles -… affilié à la Faculté de médecine de Nice, CEPS [9][9]la plateforme universitaire Collaborative d’évaluation des… à la Faculté de médecine de Montpellier) et cliniques (ex : le Centre chirurgical Montagard d’Avignon [10][10]Médecine Intégrative à la Clinique Montagard d’Avignon – Vidéo…). Des associations de médecins (ex: GETCOP [11][11]1er Congrès du Groupe d’évaluation des thérapies…) se penchent sérieusement sur cette approche organisant congrès, colloques et conférences.

44En mettant en place une telle approche intégrative de la santé, l’Hôpital Européen saisirait l’opportunité de s’inscrire dans cette dynamique innovante, résolument à l’œuvre en France comme dans le Monde, en proposant un pôle attractif, leader sur Marseille, tout en se donnant des moyens supplémentaires forts pour :

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  • Répondre aux objectifs posés par la Haute Autorité de Santé dans le cadre de la Stratégie Nationale de Santé pour agir en faveur de la prévention, de l’éducation à la santé, et de l’amélioration de la qualité de vie au travail pour son personnel ;
  • Contribuer à réduire les inégalités sociales et territoriales en matière d’accès à la prévention compte tenu de son emplacement et de sa mission de service public ;
  • Œuvrer pour une réduction des coûts de la santé sur le long terme.

*Quelques définitions

46La médecine occidentale, conventionnelle ou scientifique est l’approche médicale la plus répandue au monde. Selon ses principes, une personne est soignée soit par la médication, une thérapie ou une chirurgie. L’ensemble des traitements est basé sur des connaissances scientifiques validées et vérifiables.

47La médecine traditionnelle (MT) est très ancienne. Pour l’OMS[12][12]Principes méthodologiques généraux pour la recherche et…, il s’agit de la somme de toutes les connaissances, compétences et pratiques reposant sur les théories, croyances et expériences propres à différentes cultures, qu’elles soient explicables ou non, et qui sont utilisées dans la préservation de la santé, ainsi que dans la prévention, le diagnostic, l’amélioration ou le traitement de maladies physiques ou mentales.

48Médecine complémentaire (MC) : Les termes «médecine complémentaire » ou «médecine alternative» font référence selon l’OMS à un vaste ensemble de pratiques de santé qui ne font pas partie de la tradition ni de la médecine conventionnelle du pays et ne sont pas pleinement intégrées à son système de santé prédominant. Dans certains pays, ils sont utilisés de manière interchangeable avec le terme «médecine traditionnelle ».

Notes

Mis en ligne sur Cairn.info le 27/08/2020
https://doi.org/10.3917/heg.084.0335

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